Comprendre la pratique sportive des personnes handicapées 

Dans l'idéal collectif, le sport est perçu comme terrain propice à l'"intégration par le sport"; croyance reposant sur l'affirmation d'une fonction intégrative fondamentalement liée au sport. Cette idée est démentie par les historiens, les anthropologues et les sociologues du sport. 

Le "vivre ensemble" dans la société sportive peut paraître un peu paradoxal. D'un côté, les personnes avec des "défaillances" plus ou moins sévères pénètrent dans l'espace des dieux olympiques aux corps sculptés qui respirent la santé et le bien-être... D'un autre côté, le monde du "Handicap" débarque avec tous ses clichés et préjugés dans un univers dans lequel les performances des "valides" les renvoient à leur état et difficultés.

Pour comprendre les pratiques sportives des personnes en situation de handicap, leurs usages et leurs fonctions, il faut saisir les logiques des mouvements sociaux et des personnes qui les ont construit, développé et qui les pratiquent. Par exemple, le "sport silencieux", pratiqué par les personnes sourdes et malentendantes dès le début du XXème siècle en France, utilisé comme pratique de regroupement communautaire et linguistique, ne peut être confondu avec les pratiques sportives proposées aux jeunes mutilés de la Seconde Guerre Mondiale, par un médecin anglais en perspective de rééducation fonctionnelle; ce qui fut les prémisses du Handisport. Le sport pour les personnes déficientes intellectuelles voit le jour dans les années '70 dans une logique caritative aux Etats-Unis, puis pédagogique en France où il prendra une forme centrée sur l'éducation et l'apprentissage par le sport. Ainsi ces mouvements sportifs prennent leur origine dans des usages bien différents du sport. 

70% des personnes en situation de handicap interrogées sont intéressées par le sport en général*

le sport est reconnu comme un besoin par 9 personnes sur 10 *

74% des Français en situation de handicap font du sport ou de l'exercice physique au moins de temps en temps; 49% en font au moins une fois par semaine*

Progressivement, les sportifs handicapés se sont émancipés et éloignés de l'aspect médical et éducatif pour organiser des pratiques de loisir et de compétition "entre pairs stigmatisés".  Dans cette pratique "entre soi" associatif des personnes discréditées dans la société dans laquelle ils vivent, naît paradoxalement la fonction intégrative non pas du sport, mais de ces mouvements sportifs.

 

Les interactions sociales ont été étudiées  et il est prouvé que les pratiques sportives sont choisies par les minorités actives pour s'intégrer par le biais de "déstigmatisation". Les sportifs handicapés trouvent dans la pratique "entre soi" la force d'affirmer leurs singularités corporelles et sportives, et construisent alors les conditions de possibilités de l'intégration, c'est-à-dire d'un ajustement réciproque entre personnes stigmatisées mais ayant pu dépasser les préjugés qui pèsent sur elles, et une société qui remet progressivement en question ses représentations négatives du handicap. 

"activité physique" ≠ "rééducation"

*70% la pratiquent  dans une optique santé/ bien-être : pour améliorer leur santé, améliorer leur apparence physique, lutter plus efficacement contre le handicap (31%)

*48% la pratiquent dans une optique de loisir: pour s'amuser, se détendre

*32% la pratiquent dans une optique d'intégration sociale : être avec des amis, faire de nouvelles rencontres, mieux s'intégrer dans la société

*28% la pratiquent dans une optique de développement personnel : améliorer leur propre estime de soi, développer de nouvelles compétences

*27% la pratiquent pour l'esprit du sport : se dépasser, faire de la compétition.

L'activité physique et sportive est un terrain idéal pour partager des émotions et des valeurs telle que le dépassement de soi. 

Pourquoi la mixité "Handi-Valide" connaît un tel succès aujourd'hui?

La taxinomie sociale, cette façon de vouloir classer les individus, est sans aucun doute contestée par des groupes de personnes qui ne veulent plus rester sagement dans les cases dans lesquelles elles ont été placées.

A l'heure où l'on prône la parité, le mélange des genres s'applique également aux individus stigmatisés par une déficience, un handicap ou une maladie. Le stigmate est ce qui rend une personne différente de la catégorie dans laquelle  on voudrait la placer; il y a donc bien un stigmate du fait du désaccord entre l'identité sociale réelle de l'individu ( ce qu'il est aux yeux de la société) et l'identité sociale virtuelle de cette personne (ce qu'il devrait être).

C'est de là que provient notre slogan : " Handi-Valide, l'art d'être soi-même!"

Reférences: 

D'une minorité à l'autre - Loisir et Société Vol 23 - 2000

Contraintes réelles et contraintes perçues 

Il est à rappeler que la loi du 11 février 2005 et les différentes classifications internationales des déficiences, des activités et de la participation sociale définissent le handicap dans un contexte. Le handicap s'évalue dans les interactions entre une personne porteur de handicap (plus ou moins marqué) avec son environnement. L'aspect médical du handicap est donc un aspect socialement secondaire des problématiques réelles de l'individu.

Pour la majorité, le sport et sa pratique ne sont pas "naturels": tout élément interférant peut alors limiter, voire annhihiler toute volonté

Dans la recherche de motivation

Alors même que les personnes en situation de handicap ont la volonté de faire de l'exercice, elles sont soumises à de fortes contraintes

Dans la pratique elle-même

Sources :

*Enquête TNS SOFRES - Sport et Handicap - Avril 2015

Sport et Handicaps en Europe - Sport et Citoyenneté - Octobre 2010

Il s'avère que la mixité Handi-Valide ne peut faire l'impasse sur l'aménagement minimum de la structure (si l'on souhaite réellement la rendre accessible "à tous"), ni sur des stratégies préparatoires à l'acceptation réciproque. Ce qui signifie que l'ouverture d'un club "à tous les publics", ne sera une ouverture réelle aux personnes en situation de handicap qu'en s'inscrivant dans une démarche réelle d'ouverture à ce publique spécifique (communication, sensibilisation,...).